vendredi 3 octobre 2008

La boulimie du continent

À quoi doit-on s’attendre de la part d’une génération née dans les flux et reflux boulimiques de leur continent? Comment cette génération doit-elle fonder et solidifier une identité alors qu’elle est née dans la chute des valeurs, des idéaux, dans un monde ou seul le Nombril importe, seul le Nombril et le Spectacle?

Comment les citoyens peuvent ils s’unir alors qu’ils sont tenus en laisse par les fils des téléphones, des ordinateur, des écouteurs, par les fils invisibles et plus dangereux encore du Bluetooth et du Wireless qui, terribles serpents, nous susurrent CECI EST LA COMMUNICATION?

Nous déambulons dans les rues, la bouche prise par nos cellulaires, les oreilles par notre Ipod, les mains par notre Blackberry. Et les yeux? Il n’est même plus nécessaire de nous bander les yeux! Car les yeux intérieurs, les yeux de notre conscience sont infectés, gangrenés, nécrosés par l’imbécillité fondamentale de notre culture.

Comment un individu peut-il être satisfait, quand il demande de l’amour et qu’on lui donne un manuel de IKEA, une nouvelle paire de jeans, un Spécial Trio McConnerie?

Comment trouver une stabilité, une constance, alors que nous sommes bercés par les vagues et les mensonges d’un continent qui dévore tout ce qu’il trouve dans le grand buffet de l’Indifférence pour ensuite vomir de l’argent invisible? La chute de la Bourse est la rupture oesophagienne de l’Occident, irrité par le mensonge.

Nous ne nous rendons même plus compte de notre souffrance humaine, nous continuons à croire que le pansement artificiel qu’est le confort nous sauvera. Notre navire coule, nous le décorons, nous nous agitons dans des supermarchés, nous remplissons chaque orifice de notre corps plutôt que de boucher la plaie béante qui est à la source de notre déclin.
En restant paralysés par la peur, par l’indifférence, en restant paralysés devant ce grand miroir abrutissant que l’on nomme Télévision, bien au chaud sous la couverture de la consommation, nous n’accomplissons qu’une seule chose : mériter notre déclin.

On se laisse abrutir parce que l’abrutissement, ce sentiment d’ivresse perpétuelle, ce sentiment de flottement, ce sentiment de ne pas vraiment être là, de glisser avec le courant est agréable. Oui, la connerie est agréable. Oui, la lucidité est une chose qui est aujourd’hui inconfortable, dévorante, désespérante. Mais c’est la lucidité. Cet artifice qu’est l’hyperconsommation, pendant des années, s’est vicieusement glissé en nous tel une eau empoisonnée, jusqu’à atteindre et étouffer ce qui a déjà été au centre de l’être humain : le goût de la vérité. Le goût d’un monde meilleur. Le goût de l’Autre. Le goût d’apprendre, de savoir, le goût de la vraie information. Et, surtout, le sentiment d’appartenance à un groupe, un groupe qui n’est ni politique, ni délimité par des frontières, ni par des idées : un groupe qu’autrefois on appelait « humanité ».

Notre monde est une catastrophe. Notre monde est profondément malade, pourri jusqu’à la moelle, et comme une mère qui transmet le SIDA à son enfant, il a accouchée de nous, génération de perdus, de ratés, de consommateurs, d’imbéciles qui sont absolument incapables de prendre quelconque responsabilité. Oui, des imbéciles incapables de voir que s’ils sortaient la tête de leurs nombril, s’il se mettaient à comprendre et donc à vouloir changer les choses, ils deviendraient moins imbéciles, et là, ils verraient le pouvoir infini qu’ils possèdent. Et là, peut-être, ils se mettraient à revendiquer.

Vous avez été abrutis par votre culture. Libérez-vous en. Éduquez-vous. Informez-vous. Regroupez-vous. Lisez Baudrillard, Lipovetsky, Andrew Sullivan. Ouvrez les yeux.

1 commentaire:

Ondine a dit…

Très interpellée par ton texte...
Vive les esprits libres!