vendredi 3 octobre 2008

Liens utiles


Ces jours-ci je trouve les ÉU nettement plus divertissants que le Canada.



Sur la psychologie des masses (Freud et les relations publiques)


http://www.youtube.com/watch?v=-ZYTrFokPHY (le 2ème épisode d'une série de 6, je vous conseille de tous les regarder, c'est extrêmement intéressant)

Pour suivre le délire éléctoral


http://therealbillmaher.blogspot.com/ , le blog de Bill Maher, peu d'articles mais tous très pertinents. (Je viens de voir son documentaire Religulous, absolument savoureux et terrifiant)


http://andrewsullivan.theatlantic.com/, Andrew Sullivan, journaliste pour The Atlantic (un de mes sites préférés) Beaucoup de bitchage sur le phénomène Palin, qui mérite franchement d'être bitché.
Et bien sur le NY Times.


Pour avoir des informations pertinentes et véridictes plutôt que ce spectacle que l'on nomme média:


http://www.sourcewatch.org/index.php?title=SourceWatch (essayez par exemple d'en savoir sur le dossier de Guantanamo Bay. Oh la la, c'est moche.)

http://prwatch.org/, que je ne connaissais, auquel le très énergique Normand Baillargeon a référé ma classe lors d'une visite à mon CEGEP.



C'est tout! Bonne nuit!
ps: Totalement hors sujet, je voulais juste dire que ce blog n'est pas mort. Il est en réanimation artificielle (un peu comme moi ces jours-ci), mais il n'est pas mort.

La maladie de l'authentique




Le 24 mars 1947, Antonin Artaud écrit une lettre à André Breton dans laquelle il explique son refus d’écrire un texte pour la prochaine exposition des surréalistes, exposition ayant comme point essentiel « l’initiation, la magie, les cultes indiens et vaudous » (p.1222)[1]. Derrière tous ces éléments, la conscience des masses trouve un refuge. Car ces initiations naissent de la peur du réel : les hommes se font croire que la réalité est constituée du voyage de l’âme plutôt que de celui du corps, qu’elle est dans l’inconscient, dans l’occultisme, dans tout ce qui lui est inatteignable. L’homme a peur, écrit Artaud, et est « par « essence » et « principe » incapable de vivre une réalité cent fois plus effarante que lui, parce qu’elle se vit avec le corps et non avec la conscience » (p.1223). L’occultisme surréaliste est donc une entrave à la liberté de l’homme : étant prisonnier de ses croyance, il devient prisonnier de sa propre peur. En les critiquant ainsi, Artaud se détache des autres surréalistes, en ce qu’il insiste sur la notion de démarche (« un homme comme moi véritablement sorti de tombe » (p.1224)), il ne se donne pas en spectacle pour le plaisir de se vautrer dans le sensationnel, mais plutôt pour faire passer des messages, des accusations, une vision du monde (« Sachant cela, je n’allai pas au Vieux-Colombier donner une séance mais porter des accusations. », (p.1225)). Mais à quoi bon partager une vision devant un public pour qui la douleur n’est que coquetterie, excentricité, spectacle à applaudir? À quoi bon s’exposer à un public qui n’est là que par curiosité? À quoi bon vivre pour avoir mal, pour transformer ce mal en art, et finalement vendre cet art comme s’il n’était qu’une valeur? Non, cet occultisme surréaliste qui transforme l’homme en conscience et l’art en valeur, Artaud n’en veut pas, car il n’est que mensonge, peur et ignorance. Et la vérité, quoique douloureuse, n’a pas besoin d’ornements : l’homme la possède et la connaît justement parce qu’il est homme.
Dans cette lettre, Artaud se révolte au niveau de l’idéologie et de la vision que les surréalistes se font de l’art. Il rappelle à plusieurs reprises l’existence de ces mineurs, puisatiers, égoutiers (énumération p.1223), de ces « millions d’ouvriers » (p.1226) à qui l’on doit ces œuvres de douleurs vendues à un capitaliste, un « possédant [qui] n’a pas participé même par la cassure d’un ongle » (p.1226). Les surréalistes, également reconnus pour leurs idées plutôt gauchistes, ne se sont par réellement libérés du matérialisme et de la forte présence des valeurs, des ventes, et de la hiérarchie dans la commerce de l’art : ils ont changé l’art en question, mais non le système qu’il contestaient (car quand le système nous flatte dans le sens du poil, il est facile de fermer les yeux, de remuer la patte, et d’oublier ses valeurs de base). Le rapport entre bourgeois et prolétaires à simplement changé d’acteurs : c’est maintenant le public qui vit au dépends de la souffrance des artistes, ce sont les acheteurs qui contrôlent les œuvres. Artaud attaque avec violence un phénomène très actuel, soit celui de la marchandisation de la douleur de l’artiste (soit le sensationnalisme), celui du spectacle qu’est devenu l’artiste (voir l’hyperpersonnalisation des écrivains, qui m’horripile au plus haut point). Il a le courage d’agir selon ses valeurs : il refuse de participer à l’exposition, sacrifiant sa notoriété au profit de son authenticité.
Artaud aborde également la question de la liberté d’une manière plus philosophique. Certes, les surréalistes ont comme but de se libérer des chaînes de la rationalité, mais il faut une démarche, il faut vivre le réel pour ensuite s’en libérer en le faisant éclater en surréel, par nécessité et par douleur, non par amusement ou par peur. Artaud insiste sur le rôle important de la corporalité et de la souffrance dans la démarche en question, ce qui explique sa réticence à se mettre en spectacle. La souffrance ne se vend pas, la douleur charnelle et corporelle n’est pas à placer derrière une vitre pour être exposée à des petits bourgeois curieux qui se vanteront plus tard d’être « ouverts d’esprits », « libérés », « impliqués ». C’est une autre forme liberté qu’affirme Artaud : la véritable liberté d’expression, la liberté de choisir son public, d’assumer la lourdeur de son œuvre, la liberté de souffrir pour un art qui ne sera jamais abaissé au niveau de simple valeur ou de spectacle pour curieux, la liberté de se laisser enchaîner pour ensuite véritablement briser toutes les chaînes. Car en feignant la libération, on termine toujours par s’enchaîner à nouveau.
[1] ARTAUD, Antonin. Œuvres, Quarto Gallimard, Paris, 2004



(L'authenticité est encore une maladie (j'entends le terme "maladie" comme "malfonction", et on ne fonctionne pas indépendement de notre contexte. Ce qui est malsain dans une société malsaine est en réalité souvent très correct).

L'authentique restera toujours caché, il est condamné à rester dans l'ombre. Il doit être fort, croire en lui sans être approuvé par la société. Tous ces gens, ces "écrivains", toutes les Marie-Sissi Labrèche de ce monde qui se disent "hors norme" ne le sont PAS.
Celui qui est exposé par les médias l'est parce qu'il a fait une CONCESSION, d'une manière ou d'une autre.
Celui qui est exposé à fait la pute.

Il n'y a que dans l'ombre qu'on reconnaît la lumière.

La boulimie du continent

À quoi doit-on s’attendre de la part d’une génération née dans les flux et reflux boulimiques de leur continent? Comment cette génération doit-elle fonder et solidifier une identité alors qu’elle est née dans la chute des valeurs, des idéaux, dans un monde ou seul le Nombril importe, seul le Nombril et le Spectacle?

Comment les citoyens peuvent ils s’unir alors qu’ils sont tenus en laisse par les fils des téléphones, des ordinateur, des écouteurs, par les fils invisibles et plus dangereux encore du Bluetooth et du Wireless qui, terribles serpents, nous susurrent CECI EST LA COMMUNICATION?

Nous déambulons dans les rues, la bouche prise par nos cellulaires, les oreilles par notre Ipod, les mains par notre Blackberry. Et les yeux? Il n’est même plus nécessaire de nous bander les yeux! Car les yeux intérieurs, les yeux de notre conscience sont infectés, gangrenés, nécrosés par l’imbécillité fondamentale de notre culture.

Comment un individu peut-il être satisfait, quand il demande de l’amour et qu’on lui donne un manuel de IKEA, une nouvelle paire de jeans, un Spécial Trio McConnerie?

Comment trouver une stabilité, une constance, alors que nous sommes bercés par les vagues et les mensonges d’un continent qui dévore tout ce qu’il trouve dans le grand buffet de l’Indifférence pour ensuite vomir de l’argent invisible? La chute de la Bourse est la rupture oesophagienne de l’Occident, irrité par le mensonge.

Nous ne nous rendons même plus compte de notre souffrance humaine, nous continuons à croire que le pansement artificiel qu’est le confort nous sauvera. Notre navire coule, nous le décorons, nous nous agitons dans des supermarchés, nous remplissons chaque orifice de notre corps plutôt que de boucher la plaie béante qui est à la source de notre déclin.
En restant paralysés par la peur, par l’indifférence, en restant paralysés devant ce grand miroir abrutissant que l’on nomme Télévision, bien au chaud sous la couverture de la consommation, nous n’accomplissons qu’une seule chose : mériter notre déclin.

On se laisse abrutir parce que l’abrutissement, ce sentiment d’ivresse perpétuelle, ce sentiment de flottement, ce sentiment de ne pas vraiment être là, de glisser avec le courant est agréable. Oui, la connerie est agréable. Oui, la lucidité est une chose qui est aujourd’hui inconfortable, dévorante, désespérante. Mais c’est la lucidité. Cet artifice qu’est l’hyperconsommation, pendant des années, s’est vicieusement glissé en nous tel une eau empoisonnée, jusqu’à atteindre et étouffer ce qui a déjà été au centre de l’être humain : le goût de la vérité. Le goût d’un monde meilleur. Le goût de l’Autre. Le goût d’apprendre, de savoir, le goût de la vraie information. Et, surtout, le sentiment d’appartenance à un groupe, un groupe qui n’est ni politique, ni délimité par des frontières, ni par des idées : un groupe qu’autrefois on appelait « humanité ».

Notre monde est une catastrophe. Notre monde est profondément malade, pourri jusqu’à la moelle, et comme une mère qui transmet le SIDA à son enfant, il a accouchée de nous, génération de perdus, de ratés, de consommateurs, d’imbéciles qui sont absolument incapables de prendre quelconque responsabilité. Oui, des imbéciles incapables de voir que s’ils sortaient la tête de leurs nombril, s’il se mettaient à comprendre et donc à vouloir changer les choses, ils deviendraient moins imbéciles, et là, ils verraient le pouvoir infini qu’ils possèdent. Et là, peut-être, ils se mettraient à revendiquer.

Vous avez été abrutis par votre culture. Libérez-vous en. Éduquez-vous. Informez-vous. Regroupez-vous. Lisez Baudrillard, Lipovetsky, Andrew Sullivan. Ouvrez les yeux.