dimanche 8 juin 2008

Proust


"Je voulus embrasser maman, à cet instant on entendit la cloche du dîner. «Mais non, voyons, laisse ta mère, vous vous êtes assez dit bonsoir comme cela, ces manifestations sont ridicules. Allons, monte!» Et il me fallut partir sans viatique; il me fallut monter chaque marche de l’escalier, comme dit l’expression populaire, à «contre-cœur», montant contre mon cœur qui voulait retourner près de ma mère parce qu’elle ne lui avait pas, en m’embrassant, donné licence de me suivre. Cet escalier détesté où je m’engageais toujours si tristement, exhalait une odeur de vernis qui avait en quelque sorte absorbé, fixé, cette sorte particulière de chagrin que je ressentais chaque soir et la rendait peut-être plus cruelle encore pour ma sensibilité parce que sous cette forme olfactive mon intelligence n’en pouvait plus prendre sa part."




Un de mes passages préférés de La Recherche. Je suis en train d'attaque A l'ombre des jeunes filles en fleurs: mes amis me disent que c'est snob, de lire Proust, que ça fait un peu l'élève de littérature qui veut impressionner...Ils disent ça parce qu'ils ne l'on pas lu.

La preuve que c'est bon: ça donne envie d'écrire. On plonge dans ces phrases aux milles virgules, ces phrases interminables qui épousent le fil de notre conscience. On lit Proust, on a l'impression de le penser. On lit Proust, on referme le livre, on regarde par la fenêtre, on se dit: "c'est vrai".


Bientôt je verrai sa tombe, je suis sûre que la pierre aura l'odeur des aubépines.



...Sinon, je vais bien. Deuxième semaine de célibat, cinquième moi d'écrivaine sans réponse. Je vous tiens au courant.

1 commentaire:

Claudio Pinto a dit…

Hola Olivia,

Content de savoir que tu vas bien. J'attendais patiemment l'un de tes billets sur ta page. Doublement heureux de voir Proust apparaître sur la page d'accueil. Ah ! Proust ! Je pense si souvent à lui, presque autant qu'à Chopin, Mozart et Schumann.

J'écrivais tout récemment à une amie à propos de Proust. Je lui disais qu'À l'ombre des jeunes filles en fleurs avait été le plus grand moment de lecture de toute ma vie. Bientôt, je relirai toute la Recherche, passerai d'un roman à l'autre jusqu'au Temps Retrouvé et m'exclamerai, encore une fois, que la vie vaut la peine d'être vécue à condition que l'on tombe au moins une fois dans sa vie sur ce roman inoubliable.

À bientôt!