mercredi 2 janvier 2008

La cérémonie des adieux.

Pour Noel, mon amour a décidé de faire un rafle des librairies et de m'offrir des livres qui sont tous tombés "right on". Les deux premiers tomes de La Recherche de Proust, Barthes par lui-même, Les Fragments d'un discours amoureux du même R.B, et La cérémonie des adieux (suivi des Entretiens) par Simone de Beauvoir. Bien entendu, je garde Proust pour mon voyage à Gaspé. Bien entendu, j'ai dévoré La Cérémonie et les Emtretiens.

Le récit, malgré son style un peu frigide et son contenu obstinément factuel, donne l'impression de lire un sanglot étouffé. Le Castor raconte les dix dernières années de la vie de Sartre, dans lesquelles il se déteriore. Pour des raisons à la fois génétiques mais surtout à cause du fait qu'il descent une bouteille de whisky et deux paquets de clopes par jour, les artères de Sartre se resserent, coupant une partie de la circulation sanguine du côté gauche du cerveau ("celui du language", précise Simone). "C'est affreux, ce corps qui vous lâche alors que la tête est encore solide" (p.118)
On assiste donc à la chute d'un homme brillant, toujours engagé (jusqu'a ses derniers jours), en déni de sa condition (il devient peu à peu aveugle. Quand on l'interroge sur la situation, il répond "évidemment, elle n'est supportable que si on la pense provisoire". )
Le livre est magnifique, à la fois au niveau de l'écriture grave et imbibée d'un amour profond, mais aussi au niveau du fond: les réactions de Sartre face à la mort ne peuvent que servir d'un miroir au lecteur ("et moi, si ça m'arrivait, que ferais-je?"). On retrouve un Sartre intime: haissable, têtu, gâteux, confus, mais courageux, refusant de se plaindre, toujours honnête avec lui même, gardant son "personnage" jusqu'aux derniers moments"
L'Autre versus "l'homme seul" (v. La Nausée) est toujours présent. Un beau passage, p.64:
"On a passés une bonne soirée hier, lui ais-je dit. Il a hésité "Oui. Mais hier soir, je croyais que j'étais invisible. -Vous de m'en avez pas parlé.- C'est depuis mon arrivée. Je me sentais en danger par rapport aux gens. Alors je me suis cru invisible" Comme j'insistais, il m'a dit qu'il n'avait peur de personne en particulier, mais qu'il avait l'impression d'être un objet, sans rapport avec les gens. "Mais vous avez des rapports avec eux. - Si je les fais exister." ou un peu plus tard: "Je ne suis pas sot. Mais je suis vide". "De toute façon, m'a t-il dit, je ne fais plus que de la figuration" (p.117)

La mort, toujours la mort, qu'on refuse de regarder dans les yeux, qu'on frôle par les mots en refusant de la faire exister: "Comme je parlais de Picasso, mort à 91 ans, j'ai dit : "C'est un bon âge, ça vous ferait encore 24 ans de vie- 24 ans, ce n'est pas beaucoup" m'a t-il répondu". Mais aussi la satisfaction d'un homme qui a accompli de grandes choses "Jaime mieux mourir plus tôt et avroir écrit La Critique de la raison dialectique." ---"Bon. J'ai fait ce que j'avais à faire...J'ai écrit, j'ai vécu, il n'y a rien à regretter."

Je ne résumerai pas Les Entretiens: ils sont extrèmement denses, et j'ai la gueule de bois. Mais si vous êtes interrésés par la sémiologie, la philosophie derrière la lecture et l'écriture, et plein d'autres choses croustillantes qui me font battre le coeur un peu plus vite, plongez dedans, c'est fascinant, plein de chimie, d'intelligence, de répétitions, de spontanéité, d'amour.


J'ai été ébranlée par cette lecture, vraiment. Il est rare que je lise des briques si rapidement, mais j'ai avalé les 553 pages en trois jours, en ai relues, analysées, même pleurées devant quelques unes. Pas des sanglots, mais une petite larme brûlante de temps en temps.



Bonne année, à tous et à toutes!

2 commentaires:

Ondine a dit…

Superbe compte-rendu de l'ouvrage... Ça donne vraiment l'envie de s'y plonger.

sartrette a dit…

Merci :)
Je te le prêterai, si tu veux, ça me fera plaisir!