mercredi 23 janvier 2008

Fièvre.

Entre les vacances et la rentré, cette petite semaine, faite pour se reposer, est BRONCHITIQUE.
Oui, je tousse, je tousse du rouge et du noir (très Stendhal) et j'ai de la fièvre (très Sylvia Plath).
Moi? De la fièvre? Je n'ai JAMAIS de fièvre, mais le thermomètre, ainsi que mes médecins de parents, parlent contre moi (très moi).

J'oscille entre le rêve et la réalité, sumbergée par des vagues épaisses et fantastiques qui m'arrachent à la raison (très Marcel Proust). Je suis dans cet état constant entre le sommeil et le réveil, pensant que je suis éveillée, que je m'engueule, puis, paf!, je me réveille dans une autre pièce, mais c'est encore un rêve, ahhhh! (très Jorge Luis Borges)

Prescription: garder le lit pendant 3 jours, et lire pour m'occupper. Lire??? LIRE???? Comme si je n'étais pas assez folle comme ça! Les livres m'offrent la folie qu'il me faut, mais quand je suis justement dans cette folie, peuvent-ils être rationnels et me rammener sur terre?

Ahhhhhhh, vague de chaleur d'une femme ménopausée ,JE SUIS TANNÉE, QUE QUELQU'UN VIENNE M'APPORTER DE LA SOUPE LIPTON IMMÉDIATEMENT! (s'il vous plaît?)

mardi 8 janvier 2008

Avant d'aller me coucher...

J'étais au lit, en train de lire Roland Barthes par Roland Barthes (aucun risque à être au lit avec lui, il préfère ceux qui ont moins de seins et plus de poils), et je suis tombée sur une phrase absolument géniale:

"Mon corps n'existe à moi-même que sous deux formes courantes: la migraine et la sensualité."





Lectures en cours:
Noces d'Albert Camus
Physiologie du mariage de Balzac

Rapports à venir:
Le vent à Djémila (Camus)
Sur la lecture de Proust.

Bonne nuit.

vendredi 4 janvier 2008

Torticolis de société.

À une certaine époque, la santé était une richesse. Maintenant, « L’appétit de succès et de richesse est regardé comme une preuve de santé » (Franco Ferrucci, "Sur le bonheur", p.98).

Nous vivons dans une société malade que ne cesse de promouvoir la performance, à n’importe quel prix. Les étudiants, épuisés, deviennent des zombies de la Cote R, afin de pratiquer le métier qui leur apportera le plus d’argent possible. On doit être le plus performant possible dans notre travail, on doit obtenir des hausses de salaire pour faire des réserves de retraite (un concept qu’on nous expose dès l’âge de 19 ans), et, enfin, mourir en étant les plus riches et les plus confortables.
Cette compétition essouflante est perçue comme la chose la plus saine du monde. Mais à force de vouloir des résultats, on oublie tout le reste, y compris les leçons apprises par cœur et recrachées sur des feuilles d’examens. Les résultats valent mieux que la connaissance, c’est notre devise.
En étant constamment bombardés par ce qu’on pourrait avoir de plus (une grosse voiture dans le gros garage de notre grosse maison devant notre grosse piscine entretenue par une grosse femme de ménage), nous vivons dans une insatisfaction maladive mais encouragée. Mécontents de ce qui est acquis, nous vivons la tête levée, regardant en haut plutôt qu’autour de nous, ce qui termine tout simplement par un torticolis de société. Paralysés dans cette position, nous sommes incapables d’être heureux ou confortables, vivant dans un appétit insatiable plutôt que dans le rassasiement.
Mais dans une société de torticolis, celui qui est capable de baisser la tête et de se contenter est vu comme étant malsain. La majorité définit la norme, la norme définit la santé. Mais quand la majorité est malade et qu’elle refuse d’accepter son diagnostic, elle condamne ses habitants à trébucher de mirage en mirage, à chercher des fibres de vérité dans lourde tapisserie de mensonges.




(Franco Ferrucci, 1936- )

mercredi 2 janvier 2008

La cérémonie des adieux.

Pour Noel, mon amour a décidé de faire un rafle des librairies et de m'offrir des livres qui sont tous tombés "right on". Les deux premiers tomes de La Recherche de Proust, Barthes par lui-même, Les Fragments d'un discours amoureux du même R.B, et La cérémonie des adieux (suivi des Entretiens) par Simone de Beauvoir. Bien entendu, je garde Proust pour mon voyage à Gaspé. Bien entendu, j'ai dévoré La Cérémonie et les Emtretiens.

Le récit, malgré son style un peu frigide et son contenu obstinément factuel, donne l'impression de lire un sanglot étouffé. Le Castor raconte les dix dernières années de la vie de Sartre, dans lesquelles il se déteriore. Pour des raisons à la fois génétiques mais surtout à cause du fait qu'il descent une bouteille de whisky et deux paquets de clopes par jour, les artères de Sartre se resserent, coupant une partie de la circulation sanguine du côté gauche du cerveau ("celui du language", précise Simone). "C'est affreux, ce corps qui vous lâche alors que la tête est encore solide" (p.118)
On assiste donc à la chute d'un homme brillant, toujours engagé (jusqu'a ses derniers jours), en déni de sa condition (il devient peu à peu aveugle. Quand on l'interroge sur la situation, il répond "évidemment, elle n'est supportable que si on la pense provisoire". )
Le livre est magnifique, à la fois au niveau de l'écriture grave et imbibée d'un amour profond, mais aussi au niveau du fond: les réactions de Sartre face à la mort ne peuvent que servir d'un miroir au lecteur ("et moi, si ça m'arrivait, que ferais-je?"). On retrouve un Sartre intime: haissable, têtu, gâteux, confus, mais courageux, refusant de se plaindre, toujours honnête avec lui même, gardant son "personnage" jusqu'aux derniers moments"
L'Autre versus "l'homme seul" (v. La Nausée) est toujours présent. Un beau passage, p.64:
"On a passés une bonne soirée hier, lui ais-je dit. Il a hésité "Oui. Mais hier soir, je croyais que j'étais invisible. -Vous de m'en avez pas parlé.- C'est depuis mon arrivée. Je me sentais en danger par rapport aux gens. Alors je me suis cru invisible" Comme j'insistais, il m'a dit qu'il n'avait peur de personne en particulier, mais qu'il avait l'impression d'être un objet, sans rapport avec les gens. "Mais vous avez des rapports avec eux. - Si je les fais exister." ou un peu plus tard: "Je ne suis pas sot. Mais je suis vide". "De toute façon, m'a t-il dit, je ne fais plus que de la figuration" (p.117)

La mort, toujours la mort, qu'on refuse de regarder dans les yeux, qu'on frôle par les mots en refusant de la faire exister: "Comme je parlais de Picasso, mort à 91 ans, j'ai dit : "C'est un bon âge, ça vous ferait encore 24 ans de vie- 24 ans, ce n'est pas beaucoup" m'a t-il répondu". Mais aussi la satisfaction d'un homme qui a accompli de grandes choses "Jaime mieux mourir plus tôt et avroir écrit La Critique de la raison dialectique." ---"Bon. J'ai fait ce que j'avais à faire...J'ai écrit, j'ai vécu, il n'y a rien à regretter."

Je ne résumerai pas Les Entretiens: ils sont extrèmement denses, et j'ai la gueule de bois. Mais si vous êtes interrésés par la sémiologie, la philosophie derrière la lecture et l'écriture, et plein d'autres choses croustillantes qui me font battre le coeur un peu plus vite, plongez dedans, c'est fascinant, plein de chimie, d'intelligence, de répétitions, de spontanéité, d'amour.


J'ai été ébranlée par cette lecture, vraiment. Il est rare que je lise des briques si rapidement, mais j'ai avalé les 553 pages en trois jours, en ai relues, analysées, même pleurées devant quelques unes. Pas des sanglots, mais une petite larme brûlante de temps en temps.



Bonne année, à tous et à toutes!